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Sinner : l’hôtel parisien qui joue avec les codes du religieux et du blasphème

Détourner les symboles de l’église pour les injecter à la façon de blasphèmes dans un hôtel ultra luxe au cœur de Paris, c’est l’idée qui se cache derrière l’établissement Sinner Paris, offrant une expérience unique bien loin des habituels palaces 5 étoiles ultra guindés fleurissant aux quatre coins de la capitale française.
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© Nicolas Receveur

S’affranchissant des codes classiques et parfois impersonnels de l’hôtellerie de luxe, Sinner Paris fait partie de ces établissement singuliers, qui sont encore trop rares à faire leur apparition dans la capitale française, grande habituée des palaces ultra chic. L’idée ? S’inspirer du quartier historique dans lequel il se trouve – Le Marais – et son histoire, en détournant les symboles religieux à travers une décoration et une expérience unique, faisant planer le mystère d’une adresse résolument singulière. Sinner ("pécheur" en français) pousse le curseur à son paroxysme et fait preuve d’impertinence sans renier le luxe et l’élégance qui caractérisent les plus belles adresses de la capitale.

Au programme : 43 chambres et suites , un restaurant ethnique et un spa déclinés dans une atmosphère religieuse, et un décor feutré signé Tristan Auer, où les rappels des codes religieux ne manquent pas. Dès l’entrée, la pénombre règne, tandis que la réception fait office d’autel, à côté d’un véritable isoloir, rappelant les confessionnaux d’église où les fidèles sont invités à se confesser. Le ton est donné. Direction les étages pour accéder aux chambres en empruntant les couloirs sombres de l’hôtels, ponctués de vitraux et de lanternes dans une atmosphère mi-sacrée mi-feutrée. Les portes des chambres représentent quant à elles les portes rouges aux heurtoirs et judas, inspirées des portes cochères des cellules ecclésiastiques.

Dans les chambres, les codes du religieux sont toujours présents… de même que le blasphème. Chacune illustrant la typicité d’un quartier à la fois historique et avant-gardiste. À l’intérieur, des matières : du velours, du bois et de la terre cuite mais aussi des œuvres d’art et des tableaux, comme un clin d’œil aux érudits et aux esthètes urbains qui prendront le temps de découvrir et de reconnaître ses trésors. L’atmosphère toute entière convie les sens à travers un univers olfactif, des jeux de matières et une sélection artistique pointue. Les peignoirs et la literies sont ainsi agrémentés d’un liseré rouge, tandis que les robes de chambre rappellent les robes blanches à capuches des moines, et les chaussons, leurs souliers si singuliers. La luminosité des lieux est réglée à l’aide d’une pléiade de boutons discrets, permettant de choisir son ambiance jour/nuit ou feutrée. Pour vivre pleinement l’expérience, on optera évidemment pour cette dernière. Pour le côté blasphématoire des lieux, on note la présence de lubrifiant aux côtés des gels douches et shampooings figurants parmi les produits de première nécessité offerts dans la salle de bain, mais aussi une offre culturel pointue (tourne-disque, 45 tours etc.) dont une bibliothèque invitant à s’adonner au pécher suprême : l’activité sexuelle. Le "Dictionnaire des fantasmes et perversions" de Brenda B. Love fait ainsi partie des livres mis à disposition.  

A la nuit tombée, direction le restaurant, véritable cœur battant de l’établissement, qui accueille pour l’occasion une fumée blanchâtre, plongeant ses convives fêtards dans une ambiance de cimetière. Le Chef Adam Bentalha imagine pour le Sinner une cuisine ethnique, de "tribu", comme celle au Kanoun en Afrique du Nord. En puisant dans cette gastronomie nomade, celle du désert et celle d’Amérique du Sud, il décline une carte métissée à partager. À table, ce sont les rituels péruviens et brésiliens qui viennent créer le lien et cette simplicité conviviale non feinte. Le tout, entouré d’une ribambelle de chandeliers, faisant toujours honneur à l’héritage religieux.

Enfin, c’est derrière une porte piquée de clous forgés, que se cache la partie la plus intime de l’hôtel. Comme un secret bien gardé, le spa dont le bassin s’inspire directement des bains gréco-romains se découvre aussi le temps d’un soin en solo ou en duo. Cet espace, à la fois mystérieux et convivial, nommé Ablutio, est taillé pour la conversation, la langueur et le (r)éveil des sens...

Sinner a su s’approprier l’héritage du Marais – à la fois riche, ecclésiastique, architectural, joyeux, créatif et avant-gardiste – en cultivant une identité propre et disruptive. Et en y dévoilant les codes d’une hôtellerie exigeante : l’excellence, la disponibilité, le sens du détail et un service sincère. Fidèle à sa signature, l’architecte d’intérieur Tristan Auer déjoue ici les modes et provoque la surprise jusque dans les moindres détails. De la langueur électrique du restaurant aux chambres inspirées des cellules ecclésiastiques, des couloirs sombres éclairés à la lumière des vitraux, au concept-store hébergé dans la crypte… Sinner Paris redonne tout son sens au Paris fantasmé… au premier degré.

 

Sinner Paris
116 rue du Temple, 75003 Paris

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