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Dior Heritage : le lieu secret où Maria Grazia Chiuri puise son inspiration

Au cœur de l’Avenue Montaigne, à quelques pas de la première boutique Dior et des ateliers de la maison, se cache un lieu secret où tous les directeurs artistiques de la maison, depuis John Galliano en passant par Raf Simons et Maria Grazia Chiuri se rendent pour puiser leur inspiration. Visite guidée de ce lieu d’exception baptisée "Dior Heritage."
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© Adrien Dirand

En septembre 2016, alors qu’elle présente sa toute première collection à la tête de la création pour Dior, Maria Grazia Chiuri, première femme à occuper ce poste depuis le lancement de la marque en 1946, donne le ton, dévoilant des créations ultra féminines ponctuées de crédos féministes. La pièce star du show ? Les slingbacks, des escarpins à mini-talons twistés d'une bride élastique logotypée "J'adior." Il n’en fallait pas plus pour que célébrités, influenceuses et férues de mode ne les adoptent, en faisant encore aujourd’hui l’une des créations stars de la maison. Le secret d’un tel succès ? Maria Grazia Chiuri a puisé son inspiration dans les archives de la maison, au cœur d’un lieu secret planqué derrières les façades haussmanniennes de l’Avenue Montaigne et baptisé "Dior Heritage." C’est là, dans ce lieu faisant office de coffre-fort et contenant les mémoires de la maison, que la créatrice se rend pour s’imprégner des codes Dior et les réinterpréter dans ses collections. Ainsi, si elle a signé le succès des slingbacks en dévoilant sa collection Dior printemps-été 2017, le modèle remonte en réalité aux années 60. Créées par Roger Vivier pour Christian Dior, et issues de la collection automne-hiver 1962, les sandales en taffetas de soie ivoire brodé sont précieusement conservées dans un écrin garni d’embauchoirs en polyéthylène neutre, sculptés individuellement pour les accueillir. Les slingbacks sont en tous points identiques, depuis leur bride élastique nouée en passant par leurs mini-talons courbés jusqu’à leurs lignes féminines. Le coup de génie de la créatrice ? Les avoir modernisées à l’aide du crédo "J’Adior", martelé sur bon nombre de pièces de la maison depuis son arrivée à sa tête.

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Les escarpins "J'Adior" de Maria Grazia Chiuri inspirés des escarpins créés par Roger Vivier pour Christian Dior, automne-hiver 1962 © Estrop/Getty Images et Dior Focus Bryan Zammarchi

Regroupant une bibliothèque de livres retraçant le parcours de Christian Dior, ses recettes préférées, ses publications dans la presse à l’époque – l’homme était un communicant hors pair dans les années 50 -, mais aussi les créations de la maison depuis 1946, le lieu contient les mémoire de la maison, et est constamment mis à jour en fonction des créations d’époque que l’on retrouve sur le marché. C’est là, dans un espace blanc ultra moderne, qu’une équipe de spécialistes en gants blancs déploie des trésors d’ingéniosité pour conserver dans les meilleures conditions les vêtements, chapeaux, chaussures et opulents bijoux fantaisies, créés par Christian Dior. Véritable musée secret, le lieu conserve également les archives de papier, depuis les carnets de croquis réalisés de la main du maître, jusqu'aux livres de commandes en passant par le descriptif des collections, les premiers communiqués de presse etc. Pour les créations les plus fragiles, précieuses et rares, elles sont conservées dans une salle longue et étroite où s’alignent des armoires métalliques qui ressemblent à des coffres forts. A l’intérieur, de vastes cartons rigides abritent les vêtements les plus délicats : posés à plat, entourés de boudins de papier de soie neutre, ils se présentent comme au premier jour.

La température est réglée entre 18 et 20 degrés, la lumière et le taux d’humidité sont rigoureusement contrôlés et des contenants ont été spécialement imaginés pour abriter chacune des créations. Ainsi les housses sont pensées de façon à éviter tout contact avec le tissu du vêtement, toute tension (par exemple sur les bretelles d’une robe), tout plis qui, à terme, pourrait se transformer en déchirure. Les cintres, créés sur-mesure, sont rembourrés. Les boîtes à chapeau – immenses et rondes – abritent les précieux couvre-chefs sans que ceux-ci ne s’affaissent ni ne se déforment. Les foulards sont roulés dans des tubes de carton protégés d’un film afin que les couleurs et les motifs ne s’altèrent pas.

C’est d’ailleurs l’un de ces foulards qui a inspiré Maria Grazia Chiuri lors de son défilé automne-hiver 2018-2019 présenté en février 2018. Pour l’ouvrir, la créatrice mise sur un pull en maille au message féministe "C’est non, non, non et non !" Un message partagé à l’origine sur un foulard vert Dior datant de 1967, réinterprété et modernisé avec talent par la créatrice.

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Le pull en maille de Maria Grazia Chiuri pour son défilé Dior automne-hiver 2018-2019 inspiré d'un foulard Dior de 1967 © Victor Virgile/Getty Images et Dior

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