Art & Culture

Yseult : "À Bruxelles, les gens prennent le temps de se connaître"

Après un EP baptisé "Noir", Yseult dévoile le clip de son titre "Corps", mise à nu percutante et sans filtre. Rencontre avec cette artiste parisienne qui a choisi Bruxelles pour déployer ses ailes.
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© Gabriel Boyer

"Le corps nu sur le sol, j'me fais du mal depuis des années." C'est par ces mots qu'Yseult se raconte via le titre "Corps." Révélée dans l'émission Nouvelle Star en 2014, l’artiste parisienne qui vit aujourd’hui à Bruxelles revient avec un nouveau clip, armée d’un charisme hypnotique et d’une voix unique. Souvent comparée à la chanteuse Lizzo pour ses courbes généreuses et son tempérament explosif, celle qui refuse de faire de son corps l’étendard d’un mouvement, aborde des paroles lourdes de sens dans lesquelles chacun se reconnaît: "Le regard des gens j'en ai que faire, qui sont-ils pour me juger ?", chante l'artiste. On a voulu en savoir (encore) plus.

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© Gabriel Boyer

Qui êtes-vous ?

Plein de choses. Quelqu’un de complexe avec une humeur changeante. Je suis entière, bosseuse, clairvoyante, pragmatique. Parfois un peu trop. Je suis une vraie passionnée. Je ne fais jamais les choses à moitié.

 

Vous êtes aussi une artiste parisienne installée depuis peu à Bruxelles...

J’ai enregistré mon premier album à l’ICP Studios à Ixelles. Je faisais souvent des allers et retours Paris-Bruxelles à cette époque. Un jour, j’ai eu besoin de changement, de quitter Paris et de créer une nouvelle vie. Ça fait un an maintenant que je vis à Bruxelles. Mon mode de vie est moins stressant, moins superficiel. À Bruxelles, les gens prennent le temps de se connaître. Quand j’arrive en Thalys à la gare du Midi c’est comme s’il y avait une dépressurisation qui s'opérait à l’intérieur de moi.

 

C’est qui votre famille à Bruxelles ?

Je suis entourée d’artistes. Je traîne beaucoup avec Lous and the Yakuza. Alors elle, je ne sais pas qui l’a créée mais c’est vraiment du lourd ! (Rires.) Angèle, Claire Laffut aussi. Elles sont toutes hyper inspirantes. Ce sont des femmes indépendantes qui ne se prennent pas au sérieux. On est hyper bienveillantes les unes avec les autres. Il n’y a pas d’esprit de compétition entre nous. On se challenge plutôt. On a envie de relever le niveau des clips, des chansons, des photos… On a de l’ambition et on n’a pas peur de le crier haut et fort.

 

Selon vous, pourquoi les artistes belges ont-t-ils la cote en ce moment ?

Dès 2017, Bruxelles a commencé à avoir un énorme pouvoir d’attraction artistique. Il y a clairement quelque chose qui se passe ici avec des familles d’artistes super créatifs sur la scène hip-pop en particulier. Bien sûr, il y a Stromae et Angèle mais il y a aussi Lous and The Yakuza, Claire Laffut, Krisy (De La Fuentes), Roméo Elvis, Caballero, JeanJass, Damso… Les mecs, ils font les plus gros festivals et ils viennent tous d’ici !

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© Gabriel Boyer

Ce qui différencie la scène artistique belge des autres ?

L’authenticité. Il n’y a pas de faux-semblants ici. C’est une scène artistique qui refuse de faire des compromis.

 

Vous vous êtes fait découvrir lors d’une célèbre émission télé où vous avez interprété le morceau Papaoutai de Stromae. C’est un artiste que vous aimez ?

J’aime le côté introspectif de ses morceaux. Il n’a pas peur de donner de lui-même, de se dévoiler. Il y a très peu d’artistes qui parlent vrai comme il le fait. La plupart du temps les artistes sont les interprètes d’histoires inventées, fantasmées. Il a réussi à greffer sa vraie vie à son personnage. Je crois que c’est pour ça que les gens l’aiment autant.

 

Justement, il y a pile un an vous sortiez le titre "Rien à prouver"… Un morceau qui parle aussi de vous ?

C’est marrant, aujourd’hui on apprend beaucoup de choses à l’école sauf à s’aimer. Par ce titre, je voulais dire que s’il y a quelqu’un à qui je dois prouver quelque chose, c’est à moi d’abord et pas aux autres. Je suis passée par une longue période de remise en question et de perte de confiance en moi. Devoir créer en permanence, en fonction des attentes d’autrui, m’a fait devenir une personne qui n’était pas celle que j’étais réellement. Pour réussir dans ce métier, j’ai la conviction qu’il faut rester fidèle à soi-même. Il faut d’abord penser à soi. S’aimer avant d’aimer les autres. Cet hymne, ma communauté se l’est appropriée comme une self déclaration d’amour et c’est une grande fierté. 

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© Gabriel Boyer

Vous avez déclaré: "Si je devais retenir une chose de Nouvelle Star, ce serait ma rencontre avec Maurane…"

C’était quelqu’un qui était dans le vrai tout le temps. Elle aimait vraiment les gens. Sans jugement. 

 

Les réseaux sociaux et vous, une histoire compliquée ?

Avant, je postais toute ma vie sur les réseaux… Aujourd’hui, j’ai pris beaucoup de recul. J’ai compris que derrière l’envie de partager un moment de vie authentique se cachait un besoin de reconnaissance et un égocentrisme un peu malsain. Aujourd’hui, je préfère me faire rare. Je ne poste plus rien sur ma vie privée. Je n’ai plus besoin de m’exposer. Mais attention, je ne porte pas de jugement sur ceux qui le font. C’est juste qu’en ce moment, je souhaite faire autre chose de mon temps.

 

La mode, c’est important ?

La mode, c’est un moyen de m’exprimer. Aujourd’hui, il n’y a plus de normes. La mode est moins excluante qu’avant. Les réseaux sociaux ont tout changé et cette fois dans le bon sens. Tout le monde peut porter ce qu’il veut. Il ne faut plus forcément être dans la norme. Être différent est même un atout ! Tout est plus accessible aussi. Demain, je peux envoyer un message à Olivier Rousteing pour faire une collab’ avec Balmain. Tout est possible et on est tous des influenceurs.   

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© Gabriel Boyer

Découvrez l'intégralité de cette interview dans le numéro Mars/Avril 2020 de L'Officiel Belgique.

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