Art & Culture

Lous and The Yakuza nous parle des femmes qui l'inspirent, de #metoo et de racisme

À seulement 23 ans, Lous and The Yakuza est la nouvelle sensation de la chanson made in Belgium. Tête-à-tête lors son showcase privé.
Reading time 7 minutes
© D.R.

Proche de L’Or du commun, Damso, Blu Samu, YellowStraps, Yseult et surtout Krisy, Marie-Pierra (de son vrai nom) est loin d’être une inconnue au bataillon du rap noir jaune rouge. Avec son premier morceau Dilemme et son clip aux 800 000 vues sur Youtube, elle aborde le grand public avec une pop séduisante, une dégaine insolente et surtout un franc-parler qui fait du bien. Rencontre avec une artiste déterminée à mettre un coup de pied dans la fourmilière.  

1576166418647481 photo 2 laura marie cieplik
© Laura Marie Cieplik

Qui êtes-vous, Lous & The Yakuza?

Je suis née au Congo, puis j’ai vécu en Zambie, en Belgique puis au Rwanda et de nouveau en Belgique depuis sept ans. Je suis un vrai mélange de mes deux cultures d’origine, excitée comme une Congolaise et calme et posée comme une Rwandaise. C’est comme le signe que je porte sur le front qui symbolise la joie intense comme la désespérance. Pour le reste, je suis belge à 100%, dans l’état d’esprit, l’humour, le second degré. J’ai habité à Saint-Servais près de Namur. J’étais à l’internat au Val Notre-Dame. Je suis un mélange de tout ça...

 

La célébrité, c’est ce dont vous avez toujours rêvé ?

Quand on vient de la scène hip-hop, on a tendance à dire qu’on a toujours été fait pour le succès. On l’a tellement rêvé et chanté... En réalité, ce n’est pas la vie de star dont on rêve. On rêve surtout qu’on nous entende. Que le message de la rue soit entendu par le plus grand nombre.

 

Quand vous chantez, quel est votre message ?

C’est d’abord un cri de douleur. Puis, d’apaisement, d’euphorie et de joie. En Afrique, malgré la misère, les gens ont le sourire. Je veux briser les stéréotypes que les gens ont sur ce continent. Mon message est un message de paix et de changement.

 

Les comparaisons, ça vous énerve ? Quand on dit que vous êtes la nouvelle Angèle par exemple…

C’est flatteur d’être comparé à des gens qui ont un beau parcours. Après, comparer nos musiques, ça n’a pas vraiment de sens. On fait des choses tellement différentes. Je ne suis pas fan des comparaisons. Pour moi, chaque artiste est unique.

 

Votre style vestimentaire raconte beaucoup de vous ?

Tous les matins, je médite une vingtaine de minutes. Je consulte ma météo intérieure. Je prends le temps de me sonder. Je m’habille selon mon état d’esprit. Parfois, je me sens comme une guerrière, du coup je vais opter pour un look hip-hop, plus masculin. Ce matin, je me sentais sûre de moi. Donc, je me suis habillée comme une diva. (Rires.) Hier, j’étais en total Sergio Tacchini. J’aime bien jouer avec mon look. Il exprime les différentes facettes de ma personnalité.

1576166478169827 photo 3 laura marie cieplik
© Laura Marie Cieplik

Des artistes femmes qui vous inspirent ?

J’adore Rina Sawayama, une chanteuse japonaise qui vit à Londres et qui fait de la cheesy pop à la Britney Spears dans les années 90. J’aime aussi beaucoup Lizzo. Je la trouve super fun. L’auteure compositrice espagnole Rosalia, c’est ma déesse ! Et puis, tout ce qui se fait en France.

 

Le mouvement #metoo, ça vous parle ?

Évidemment. Un mouvement qui résonne partout dans le monde comme celui-là, c’est très fort. Par contre, on a encore beaucoup de chemin à faire, nous, les femmes. Aujourd’hui encore, quand c’est une femme au pouvoir, il faut qu’on la ramène à sa condition de femme en mettant l’accent sur son genre plutôt que sur ce qu’elle transmet comme message. Le jour où on ne trouvera plus ça génial que ce soit une femme qui a réussi à grimper tel ou tel échelon, alors on aura gagné une bataille.

 

Être artiste noire, encore plus quand on est une femme, c’est déjà du militantisme selon vous ?

Oui. En France, il y a plein de femmes artistes noires. Pourtant, il n’y en a pratiquement pas sur scène ou qui passent en radio, à part Aya Nakamura. Il y a une marginalisation des femmes de ma carnation.

 

Vous avez été victime de racisme en Belgique ?

Oui. Tellement de fois... Sans doute aussi, à cause de ma personnalité. Je suis très exubérante dans mon style et mes attitudes, or j’ai l’impression qu’on attend de nous (les femmes noires, ndlr) qu’on se fasse discrètes. Du coup, j’ai souvent été victime d’agressions racistes et d’insultes car j’étais un peu trop visible au goût de certaines personnes. Parfois tu t’énerves parce que c’est plus fort que toi mais la plupart du temps, je vais parler avec les gens qui m’insultent. La haine ça ne sert à rien. J’essaie de leur faire comprendre mon point de vue. Ça prend du temps mais ça porte ses fruits.  

 

C’est quoi ton but dans la vie ?

Ça paraît complètement utopique mais je veux réduire la pauvreté en Afrique. Créer des cliniques, des écoles… Pas faire de l’humanitaire politiquement correct, genre : « l’artiste qui va en Afrique pour s’acheter une bonne conscience ». Ça ne m’intéresse pas du tout. Je veux vraiment investir dans le développement durable. Au-delà du message que je transmets via ma musique, je veux laisser une intention. Comme Martin Luther King m’a inspirée, je veux inspirer les jeunes à se battre pour leurs droits. Je suis très idéaliste mais si à 23 ans je ne le suis pas, je ne le serai jamais !

 

Ta musique en trois mots ?

Mes chansons me racontent. Elles racontent ma vérité, quelqu’un qui aime la vie et qui fait de son mieux.

 

Son premier album, Gore, sortira au printemps 2020.

Articles associés

Recommandé pour vous