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Quand Joséphine de La Baume interviewe Rita Ora pour L'Officiel

Interviewée par son amie Joséphine de La Baume, Rita Ora nous raconte son confinement ainsi que la façon dont sa créativité s'est décuplée.
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On la connaît pour ses tubes, "Your Song" et "How We Do (Party)", pour son rôle dans la saga Fifty Shades ainsi que pour sa marque de tequila, Próspero. A 29 ans, la chanteuse britannique Rita Ora est un extraordinaire touche à tout.

Après avoir percé dans la musique en 2012 suite à sa collaboration sur le single de DJ Fresh, "Hot Right Now", son premier album studio baptisé "Ora" s'est hissé à la première place des charts au Royaume-Uni. Rita Ora a depuis été juge pour l'édition britannique de X Factor, RuPaul's Drag Race All Stars et Masked Singer UK, et a fait une apparition dans America's Next Top Model.

Confinée avec son amie Joséphine de La Baume, Rita Ora a accepté de se prêter au jeu de l'interview pour L'Officiel. Son prochain film (avec le légendaire Michael Caine), son dernier clip tourné à domicile réalisé pour son dernier single ou encore sa préparation de cocktails pendant la quarantaine... La chanteuse se livre. 

Joséphine de La Baume : C'est comme si on se revoyait alors que nous sommes en quarantaine ensemble depuis quoi, sept semaines ?

Rita Ora : Cela fait sept semaines et demi que nous vivons ensemble.

 

Et nous ne nous sommes pas battues.

C'est un miracle !

 

Comment te sens-tu pendant la quarantaine ?

Je vais bien. J'ai été un peu confuse. Certains jours sont plus difficiles que d'autres. Je m'occupe. Nous nous entraînons, cuisinons, faisons des smoothies, et nous maquillons pour se démaquiller juste après. J'ai résisté aux achats en ligne, ce qui n'a pas été facile, et j'ai fait de la musique en studio. Nous avons un studio fait main ici, ce qui est chouette. C'est bien aussi de ne pas être seul. Je ne peux qu'imaginer à quoi la quarantaine doit ressembler pour les personnes isolées.

 

Oui, complètement. Nous avons été extrêmement chanceuses d'être ensemble. D'un point de vue créatif, ressens-tu que quelque chose de nouveau s'est produit depuis que tu es ici ?

Je pense que je suis devenue vraiment ouverte aux idées et aux suggestions alors qu'avant j'étais très fermée, genre "c'est ce que je veux faire et c'est tout." Pendant cette quarantaine, j'ai eu beaucoup de temps pour expérimenter, donc je suis devenue plus ouverte à la prise en compte des suggestions de musique des autres et au fait de tester des choses. Ce que je n'aurais probablement pas fait si je n'avais pas eu autant de temps.

 

Tu as été très occupée je dois dire.

Ah oui ?

 

Oui, ça a été assez impressionnant.

Je pense que nous l'avons été toutes les deux. Je rattrape aussi 10 ans de sommeil que je n'ai pas vraiment eu depuis que je travaille. Mais tu m'a gardée occupée et tu m'a fait découvrir beaucoup de films.

 

On est comme le yin et le yang. On s'aide et on se compète de différentes façon au cours de cette quarantaine. Nous avons aussi passé des soirées vraiment confortables.

On a dormi et fait des masques.

 

J'ai aussi appris à faire ton obsessions pour le tie and dye. J'ai l'air d'aller à Burning Man quand je mets ta tenue de pyjama.

Je suis obsédée par le tie and dye.

 

Tu as aussi porté des tenues assez sexy quand tu allais te coucher, je dois dire.

Merci. Ce mon devoir. Je rêve mieux quand je suis sexy.

J'ai vraiment découvert beaucoup de choses sur moi-même, être calme et être à un endroit à la fois et ne pas penser au lendemain ou sur-lendemain. Cela m'a enlevé beaucoup d'anxiété.

De quoi rêves-tu ?

De sexe.

 

Qui n'en rêve pas pour le moment ! Parle-moi de musique. Tu as un nouveau clip qui va sortir.

Oui. Il y a une chanson qui est déjà sortie et qui s'appelle "How to be Lonely". La clip original devait être réalisé par par Dave Meyers, mais à cause de la quarantaine, j'ai voulu faire une édition maison. J'ai donc acheté un écran vert, nous avons installé toute la pièce et j'ai réalisé une petite édition maison de la chanson. Cela va sortir très bientôt. Mais "How to be Lonely" est vraiment drôle parce que les gens pensent qu'il s'agit de la situation actuelle, évidemment, mais c'est en fait une chanson de rupture. Elle a maintenant pris un tout nouveau sens. 

 

Quelle coïncidence ! Tu est un médium. Et ton projet de film ?

J'ai quelques projets de films. Le premier, qui me rend vraiment excité, est le remake d'Oliver Twist. Je joue Artful Dodger, qui était à l'origine joué par un homme, donc le fait que je joue en tant que femme est très moderne. Nous voulions changer un peu. Et puis Michael Caine joue Fagan.

 

Tu es une légende ! Comment c'est de jouer avec Michael Caine ?

Il est très professionnel. Il jure beaucoup, ce que j'aime. Il est très East London, très "cockney". Et Raff Law joue Oliver, ce qui est vraiment excitant. Il a fière allure.

 

Quand sortira le film?

"Oliver Twist" devait sortir cette année, mais avec tout ce qui se passe, je pense qu'il a été reporté pour l'année prochaine. Je ne sais plus trop maintenant. Mais tout ce que je sais, c'est que quand ça sortira, ça va être vraiment cool.

 

As-tu une bonne anecdote à raconter de ce tournage ? Y a-t-il quelque chose d'embarrassant ou de mémorable qui s'est produit sur le plateau ?

Eh bien, c'est définitivement très différent de l'industrie de la musique. Je dois dire que les longues heures sont mortelles. Je me réveillais à 5 heures du matin et nous filmions jusqu'à 21 heures. Parfois, je pensais vraiment que j'étais tellement fatiguée que j'allais mourir. Et puis je me disais, évidemment, les gens font ça depuis des années, mais c'était toujours dans le domaine de la musique. On travaille selon notre horloge et les gens font ce que je veux qu'ils fassent. Mais avec le film, il fallait vraiment être patiente et attendre.

 

Ca fait beaucoup. Que faisais-tu lorsque tu attendais dans ta caravane ?

Je dormais.

 

Tu aimes dormir. Tu es une grande dormeuse.

Oui je le suis. Je dors beaucoup. J'aime dormir. Je fais la fête et je me repose.

 

Nous nous sommes beaucoup amusés dans cette maison. Tu essayes de nous apprendre à twerker. Est-ce que ça s'appelle twerking maintenant ?

Je pense que ça s'appelle toujours du twerk.

Nous préparons aussi des cocktails ! Nous avons vraiment aimé le Picante que nous avons volé à euh...

Beaucoup de bars différents. Nous utilisons également ma tequila, que j'adore.

 

La tequila est incroyable. Peux-tu nous en dire plus sur cette tequila ?

C'est une toute autre chose que je fais. Je fais beaucoup de choses. Pour les gens qui ne me connaissent pas vraiment, je suis vraiment un type de femme d'affaires. J'aime me voir comme ça. J'ai donc une marque de tequila que j'ai lancé avec une femme à Tequila, au Mexique. C'est une industrie très dominée par les hommes, donc je voulais faire une tequila qui est généralement dirigée par des hommes, mais une version féminine. Próspero est le nom de ma tequila. Et c'est ce qui m'a inspiré pour entrer dans l'industrie de l'alcool. Je voulais faire quelque chose avec une femme qui était dans les coulisses de beaucoup de marques de tequila que vous buvez tous. Elle les fait tous — Don Julio 1942, tout ça. Je lui ai demandé si elle aimait bien être dans les coulisses et elle m'a dit : "Eh bien je suis habituée." J'ai répondu : "Vous devriez être sur le devant de la scène et avoir votre propre tequila, parce que vous les fabriquez toutes", et c'est ainsi que la conversation a commencé. Maintenant, nous avons cette tequila, nous en avons vendu beaucoup en Amérique, j'espère qu'elle arrivera bientôt en Europe.

 

Vous avez même gagné quelque chose, un concours ?

Il y a un truc d'alcool habituel, c'est comme un top 10 chaque année de toutes les célébrités les plus célèbres qui ont le plus d'alcool. Vous avez George Clooney et vous avez Jay Z avec son whisky puis Drake. J'étais la seule femme dans cette liste d'hommes, et pour la première année, nous étions au numéro sept, ce qui était très impressionnant car il y a beaucoup d'alcool là-bas. C'est un très bon signe que cette tequila va, espérons-le, grandir.

 

Ta tournée en Amérique du Sud a dû être annulé, non ? Ce qui est dévastateur.

J'étais censé être en tournée en ce moment en Amérique du Sud et ça a été reporté à novembre. Je vois ce qui se passe au jour le jour, mais pour l'instant, c'est novembre. C'est Lollapalooza et c'est vraiment excitant, car il y a toute l'Amérique du Sud. Ça allait être tellement, tellement amusant. C'est un peu triste parce que partir en tourner, pour moi, c'est mon truc préféré au monde.

 

Y a-t-il quelque chose au cours de cette quarantaine que tu as découvert sur toi-même ?

J'ai découvert que je suis casanière, je pense que je ne l'ai jamais été depuis 10 ans. Je ne sais pas si je peux rester tranquille. Et j'ai vraiment découvert beaucoup de choses sur moi-même, sur le fait d'être calme et d'être à un endroit à la fois et de ne pas penser au lendemain ou au sur-lendemain. Cela m'a enlevé beaucoup d'anxiété parce que j'ai toujours été très critique, très compétitive et travailleuse, donc je pensais toujours au futur. Cela a vraiment un impact sur la santé mentale.

 

As-tu quelque chose à dire aux gens ou une sorte de message qui, selon toi, pourrait les aider à traverser la prochaine étape ?

Je veux juste dire à mes fans français et américains en particulier, merci d'être là pour moi toutes ces années. Cela fait environ 10 ans que je suis dans cette industrie maintenant. Le voyage a été difficile, le voyage a été long, il y a eu des hauts et des bas, mais je suis très reconnaissante d'avoir des fans aussi forts des deux côtés de l'océan. Je pense que c'est un bon rappel que peu importe qui vous êtes ou ce que vous faites, nous sommes tous dans le même bateau en ce moment. Et je pense qu'il y a quelque chose de très spécial à ce sujet. Si nous pouvons nous réunir et devenir une communauté plus grande, cela ne fera que nous rendre plus forts.

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