Mode

Rencontre avec Sarah de Saint Hubert, nouvelle perle de la mode belge

Sarah De Saint Hubert. Ce nom ne vous dit probablement rien. Pour le moment. Mais cela va changer très vite ! La créatrice de mode franco-belge lance sa première collection : un mix entre sport et couture, rock attitude et féminité. "Je n’aime pas les évidences. J’aime la confrontation des styles. C’est dans mon ADN." Décryptage.
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© Arne Rombouts

Sarah avait 17 ans à peine et aucune expérience quand elle s’est inscrite à l’Académie de mode d’Anvers. "J’aimais dessiner et la mode m’intéressait beaucoup, alors j’ai passé l’examen d’entrée. Je me suis installée à Anvers. La première année a été très difficile… Je ne parlais presque pas le néerlandais et je ne savais même pas coudre ! J’avais beaucoup à apprendre en très peu de temps."

En 2002, après quatre ans de travail acharné, Sarah termine ses études avec une grande distinction et reçoit le prix de "l’étudiant le plus prometteur" décerné par le Flanders Fashion Institute. Parmi les membres du jury de l’examen de sortie, il y a Ann Demeulemeester. Séduite par le travail de Sarah, elle lui propose d’emblée un poste dans son équipe ! "Mais je voulais partir à Paris, là où vivait mon amoureux. J’avais aussi l’opportunité d’y faire un stage de quatre mois chez Givenchy. Alors, j’ai refusé et je suis partie à Paris. J’y ai beaucoup appris. Mais le travail ne me convenait pas."

Clap deuxième

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© Arne Rombouts

Sarah quitte alors Paris et part en Italie pour travailler chez Alberta Ferretti. "Il  n’y avait pas beaucoup d’échanges, ni de partage, alors, après quelques mois, j’ai renoncé à ce travail et je suis rentrée en Belgique. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai écrit à Ann Demeulemeester. On s’est rencontrées et elle m’a proposé un poste.Sarah devient alors assistante dans le studio créatif de la griffe et y apprend les finesses du métier. "Pour moi, c’était comme un deuxième apprentissage. J’y ai découvert toutes les étapes de la création d’une collection. J’avais une très bonne relation avec Ann, je l’admirais : elle créait une collection internationalement reconnue mais arrivait pourtant à conserver une attention constante pour la beauté des petits détails, pour le côté poétique de la mode."

L’amour et la musique

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© Arne Rombouts

Après ses années à l’étranger et quatre ans de travail intense avec Ann Demeulemeester, Sarah ressent pourtant le besoin de prendre un peu de recul.

"Depuis l’âge de 17 ans, la mode m’occupait à plein temps. J’avais besoin de faire un break. De prendre du temps pour réfléchir, voir ce que je voulais vraiment faire et si mon avenir était dans la mode ou pas." L’amour entraîne aussi Sarah vers le monde de la musique. "Avec mon petit ami Raf, on a alors décidé de monter un groupe, de faire de la musique. Je n’avais aucune connaissance dans le domaine, mais j’aimais beaucoup cet univers qui m’apportait quelque chose que je ne trouvais pas dans la mode. De l’instantané, du direct." Après un an pourtant, la mode rattrape Sarah et elle accepte un poste chez Kipling. "C’était un travail totalement différent : l’environnement était très commercial, j’étais constamment en contact avec les acheteurs, la production, le marketing... Mon rôle était de donner un côté plus mode à la marque, pour sa maroquinerie. C’était un emploi à mi-temps, ce qui me convenait car je pouvais ainsi continuer la musique et avoir du temps pour une vie de famille. C’est à cette époque que Raf et moi avons eu nos deux enfants."

Course de voiture et couture

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© Arne Rombouts

Après avoir travaillé chez Kipling, Sarah rejoint la griffe A. F. Vandevorst, à un poste d’assistante. "L’équipe était petite et je devais faire beaucoup de choses moi-même. Ce qui était exactement ce dont j’avais besoin pour acquérir de la  confiance en moi et lancer ma propre collection. Je l’ai fait au bout d’un an et demi. Je devais avant cela établir mon ADN. Ça s’est avéré très facile, un peu comme si cela avait grandi en moi depuis des années. Ce que je voulais lancer, c’était une combinaison de l’élégance féminine propre à la couture française et de l’élément plus dur, presque masculin, du rock. Ce qui correspondait finalement à la réunion de mes deux passions : la couture et la musique."

Pour y arriver, Sarah puise son inspiration chez sa grand-mère. "J’admirais son style, elle me donnait beaucoup de vieux vêtements, de la dentelle, des rubans. C’est d’ailleurs de là qu’est née ma passion pour la mode. C’était une femme très élégante et raffinée. C’est à elle que je dois mon amour pour l’artisanat et les finitions en dentelle. Mon père était coureur automobile et les vieilles photos que je voyais de lui m’inspiraient aussi. J’ai pris un polo de mon fils, je l’ai mis sur un mannequin et j’ai commencé à couper, à épingler. C’était formidable. Le côté sportif du polo de mon fils me faisait penser à mon père et, associé aux détails raffinés et à la dentelle des vêtements de ma grand-mère, il correspondait  parfaitement à l’ADN de ce que je voulais créer. On le voit dans ma première collection qui est essentiellement composée de polos et de T-shirts. Même s’il y a aussi quelques robes et une jupe."

Une question de contrastes

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© Arne Rombouts

Dans les dessins de Sarah, l’influence de ses origines françaises et de son parcours au sein de l’Académie d’Anvers sont d’emblée perceptibles. "Je combine la frivolité parisienne et le style pur et sévère de l’école d’Anvers. C’est ce que j’aime : la confrontation des styles. Pas d’évidence, mais un clash. Il y doit y avoir des contrastes, de la tension dans chaque pièce que je dessine. Ça fait partie de mon ADN. Ce que je crée doit aussi rester accessible, portable et abordable. Lors de la prévente de la collection, des jeunes filles de 18 ans et des femmes de 55 ans et plus ont commandé des pièces. Ce n’est pas l’âge qui est important, mais l’état d’esprit.Sarah a évidemment des ambitions internationales. "Mes dessins ont des influences françaises et je crois qu’il y aura un marché pour ma collection. Qui sait où ça finira…"

Mode, musique, etc.

Pour Sarah, mode et musique sont connectées, en phase. Elle utilise sa musique dans ses vidéos et souhaite faire connaître ses créations musicales au grand public. "J’imagine un pop-up store ou des évènements où on pourrait donner des concerts. Notre groupe s’appelle Her Wild Love, on verra comment il va progresser !" Pragmatique, Sarah réussit aussi à combiner ses vies de femme d’affaires et de mère. "Raf et moi, nous sommes complémentaires. L’organisation de notre vie de famille est très spontanée, presqu’intuitive. Notre fils a 9 ans maintenant, notre fille, 4 ans. Je travaille beaucoup, c’est vrai, mais je leur accorde aussi beaucoup d’importance. Après toutes ces années dans différentes maisons de mode, j’ai appris que rien n’est jamais certain. Il faut recommencer tous les jours. Pas mal de créateurs renoncent à leur passion, mais mon instinct me dit : Tu dois le faire. Maintenant."

La première collection de Sarah De Saint Hubert sort en mars et sera vendue en exclusivité chez STIJL (rue Dansaert à Bruxelles) ainsi que dans l’e-shop de la marque.

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