Mode

Rencontre avec Carol et Sarah Piron, les créatrices du phénomène belge Filles à Papa

En 2009, Carol et Sarah Piron lancent Filles a Papa, un label liégeois qui se porte et s’exporte de Los Angeles à Milan, en passant par Paris. Retour sur un succès incarné par deux sœurs aux profils ultra-complémentaires, mais aussi par Céline, Marion, Rita et Rihanna.
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© Michael Briglio

Céline Dion repérée avec le sweater "Never Forget", Marion Cotillard en minirobe denim et cuissardes sur la Croisette, Kourtney Kardashian en néo-tailleur incrusté de détails inspirés de l’univers du motocross ou encore Rita Ora en total look Tomboy original. Filles a Papa, c’est ça : un vestiaire tout en contrastes où le streetwear flirte avec la couture, les looks androgynes avec les accents féminins, les messages mordants avec la culture pop. En l’espace de dix ans, ces deux sœurs qui baignent depuis l’adolescence dans la culture électro et underground, ont défini un style, imposé des looks et des portés innovants. Tout ça, sans jamais se départir d’un décalage intimement lié au nom qu’elles ont choisi pour leur marque. Sarah et Carol (la trentaine toutes les deux) aiment flirter avec les limites du politiquement correct. "Nous avons grandi avec Filles a Papa", lance Carol, que nous avons rencontrée, avec sa discrète frangine Sarah, à Liège, dans le zoning des Hauts-Sarts, là où tout a commencé. Entre les sociétés de transport et les ateliers de soudure industrielle qui jouxtent le studio de création et le showroom, le duo a pris le temps de développer un univers atypique, parfois féroce, délicieusement transgressif, ponctué d’influences nées de leur rencontre avec une clique d’artistes liégeois issus de la subculture : des graphistes, des musiciens et des filles branchées et engagées, futures égéries d’une marque qui a toujours fui la facilité et les copiés-collés.

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© Michael Briglio

Le style remasterisé

Si elles n’ont pas grandi dans un bain de mode, Sarah, diplômée d’Esmod, et Carol, issue de l’école de recherche graphique, ont le style dans le sang. Dès 2009, elles s’entourent d’artistes et de créatifs, en phase avec l’image qu’elles souhaitent véhiculer. Dans leur tête, pas de revendication, ni de discours formaté. Discrètes, les sœurs Piron ont toujours préféré laisser parler leurs vêtements : matières très luxe, détails couture et coupes twistées comme celle du modèle Turner qui revisite complètement le concept même du jeans. FAP, ce sont aussi de belles collaborations : avec Gregory Derkenne, photographe de mode ou encore Aurélie William Levaux, une plasticienne liégeoise à l’univers néo-mystique, auteure de plusieurs artworks exclusifs pour le label. Ce sont eux qui, dès les premières collections, ont contribué à lui donner une image nonchalante et racée. Celle d’une fille qui joue avec les codes, les détourne et s’habille de contrastes. Des contrastes nés du choc entre matières luxe et trash, comme sur la veste en denim motocross de l’hiver dernier. Upgradée à coup de sequins, de motifs en soie appliqués version patchwork, de broderies et de bandes de ruban adhésif, cette pièce traduit parfaitement la patte FAP.

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© Michael Briglio

Tropico-trash

En dix ans et vingt-quatre collections, la marque a gagné en assurance et en qualité. Dessinées et prototypées à Liège par une équipe de huit personnes, puis produites au Portugal et en Turquie, les collections FAP affichent une belle maturité. Une maturité incarnée par les pièces, déjà classiques, qui constituent les bases du vestiaire FAP : le pantalon en cuir patchwork revisité de saison en saison, le denim vieilli brodé de cristaux, les kimonos en soie aux imprimés délirants (comme le print Tropico de l’été 2018, inspiré de la boisson culte), les chemises incrustées de sequins, les tracksuits esprit mauvais garçon coupés dans de la soie sauvage ou encore les maillots de bain, omniprésents, conçus comme des vêtements. Dans chaque collection, les nombreuses références au logo et au nom du label sont autant de clins d’œil à ses origines et à son ADN. L’hiver dernier, Carol et Sarah ont décidé d’explorer l’univers de la chaussure. Là encore, sans forcer le trait, ni opter pour un scénario trop facile. Après une première saison marquée par une série de boots en cuir irisé, daim et denim rehaussées de détails bijou, Summer of Love, la collection de cet été, s’inscrit dans une délicieuse nonchalance Sixties et Seventies. Les vertigineuses cuissardes en denim de cette nouvelle histoire ont déjà habillé les jambes de Rita Ora, promesse d’un énième carton international.

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© Michael Briglio

Histoire vraie

"FAP, c’est une histoire vraie, ajoute Carol Piron. Une histoire qui a permis à Liège de trouver sa place dans le mapping de la mode belge." Aujourd’hui, dans cette idée de clique qui leur est chère, les sœurs peuvent compter sur une équipe jeune qui, plus qu’un métier, partage avec elles une passion pour le vêtement. "On a toujours travaillé à l’impulsion. Très inspirées des années 90, nos collections nous ressemblent. Les multiples influences qu’on peut y percevoir pourraient, en apparence, donner une impression hybride, alors qu’au fond, toutes les facettes de notre univers sont interconnectées, précise-t-elle. Avec Sarah, nous avons voulu dépasser le côté premier degré du streetwear. Il y a dix ans, notre approche n’avait rien d’une évidence." Dans l’univers de la mode belge encore très marqué par le style anversois, l’arrivée du label liégeois a fait figure de mini-révolution. Le buzz, en 2013, autour de la collection Tomboy (un "statement" féministe en pointillés), ainsi que des suivantes aux messages parfois très revendicateurs - mais jamais gratuits -, a fini d’asseoir la renommée de la marque. Une renommée qui s’est matérialisée par un succès commercial et des retombées presse à l’échelle mondiale. "Nous aimons que nos collections parlent d’elles-mêmes sans que nous devions ajouter quoi que ce soit. L’audace et la cool attitude qui découlent des histoires que nous racontons chaque saison est notre meilleur argumentaire."

 

https://shop.fillesapapa.com/

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