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Comment la céramique a séduit les cool kids

Swipant du biscuit de Sèvres au grès organique, une jeune génération d’artistes touche-à-tout se laisse séduire par l’art millénaire de la céramique. Décryptage.
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Si la gastronomie est née une cuillère en argent dans la bouche, elle ne jure désormais que par l’argile cuite. Charme de l’aspérité, psychédélisme du motif... le temps de l’assiette blanche est révolu. En Belgique et ailleurs, on a rangé la vaisselle d’institution pour des objets atypiques d’art céramique : grès, porcelaine ou faïence souvent peints à la main. Même l’Élysée a passé commande à Maison Fragile d’une série de coupelles en porcelaine swinguées par Safia Ouares. À la baguette de ce jeune label ? Mary Castel, arrière-petite-fille d’un directeur d’usines de porcelaine à Limoges, qui quitte en 2017 son job dans la publicité pour renouer avec la tradition familiale. Et tenter de dépoussiérer l’art de la table : "Depuis toujours, la cuisine s’est renouvelée, surtout depuis ces dernières années. Et pourquoi pas l’art de la table ?", commente-t- elle dans une interview au Monde. L’illustratrice Safia Ouares, par ses coupelles présidentielles, marie porcelaine de Limoges, aplats d’or et motifs végétaux sur fond de "nouvelle prise de conscience écologique."

Objet du quotidien, à vocation utilitaire, dont on date les balbutiements à l’Antiquité, l’assiette est aussi un terrain de jeu pour les artistes. Au XIXe siècle, déjà, elle était détournée de sa fonction première pour devenir un artefact historié qu’on accrochait au mur. L’illustratrice et céramiste Polly Fern, 70k abonnés sur Instagram, renoue avec cette démarche depuis sa maison rose bonbon du Norfolk. Plats, services à thé, vases... sa vaisselle se veut aussi narrative qu’utilitaire, entre motifs pastoraux et fantasmagories de son cru. "Mes compagnons canaris ont toujours inspiré mon travail. Ils sont un motif récurrent de mes créations et de mes dessins."

La facture de sa poterie émaillée, elle, est volontairement vintage : "Les formes et les motifs des céramiques anciennes nourrissent mon travail", nous explique- t-elle. "Depuis que je suis petite fille, j’ai toujours été fascinée par les objets anciens. Quand j’ai emménagé dans ma nouvelle maison, j’ai eu plaisir à la meubler d’éléments atypiques, mélanger l’ancien et le moderne. Les antiquités parlent, elles racontent des histoires."

Marc Armitano Domingo n’en pense pas moins. Joueur de viole de gambe de formation, le petit ami du photographe Ryan McGinley applique les techniques d’ornementation de la musique baroque, parcimonieuses, instinctives, à des assiettes ou tasses en porcelaine anglaise. Trilles, mordants ou gruppetto deviennent orchidées, magnolias, abeilles ou coccinelles dans un style génialement suranné. Simple madeleine de Proust, la vaisselle bariolée ? Au-delà du décorum, le phénomène illustre un élan de la sphère artistique vers des matériaux, des moyens d’expression plus organiques. La terre cuite ou le grès, catégories de l’art céramique, s’y prêtent. "Sur l’argile, on ne travaille pas de la même manière", nous assurait la peintre française Inès Longevial. "On peint à base de poudre sur un biscuit qui boit immédiatement la couleur. On ne peut pas retoucher. Et puis, entre la teinte que l’on pose et la cuisson, il y a un écart de résultat immense. J’aime cet effet de surprise. On ne maîtrise pas tout. Ces petits défauts, voilà ce qui rend l’objet si unique." De cette initiation, pendant un séjour au Maroc, est née une série d’assiettes qu’Inès Longevial compte bientôt compléter d’objets non-utilitaires. "Avec la céramique, je voudrais désormais faire des sculptures."

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