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Séries : l’âge d’or hollywoodien n’en finit pas de fasciner

Pour preuve, ces trois séries – "Penny Dreadful: City of Angels", "Perry Mason" et "Hollywood" – qui revisitent, chacune à sa manière, la mythologie très “film noir” du Los Angeles des années 30-40.
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© Netflix

Je vis à Los Angeles en 1942” se plaît souvent à dire James Ellroy, auteur furieux du Dahlia noir et du Grand Nulle Part, et grand prêtre littéraire d’une cité où il n’y a plus d’anges mais les quatre nouveaux chevaliers de l’apocalypse : corruption, violence, sexe et ambition. Cette année, ce sont trois séries qui retracent cette époque. Tout d’abord "Penny Dreadful: City of Angels", un “dérivé” (spin-off) lointain de l’excellente série de 2014 avec Eva Green, qui déplace le décor de l’époque victorienne et des brouillards de Londres sous les palmiers de Californie. Des détectives tentent d’enquêter sur des meurtres sadiques au rituel inspiré du folklore mexicain, sur un fond de tensions communautaires et de montée du nazisme, avec en accessoire totalement anecdotique la lutte d’une déesse des morts Santa Muerte et de sa sœur démoniaque Magda.

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"Penny Dreadful: City of Angels" (Canal+)

Beaucoup plus convaincant dans le registre “film noir” mâtiné de Pulp Fiction, le nouveau Perry Mason de HBO, produit par Robert Downey Jr et joué par le fantastique Matthew Rhys (multirécompensé pour The Americans). Ce préquel de la fameuse série des sixties n’a pas grand-chose à voir avec celle qui a rendu Raymond Burr célèbre : ce Perry Mason-là est encore détective privé, abîmé et traumatisé par la guerre de 14-18, un enquêteur qui lorgne plutôt du côté de celui du Chinatown de Polanski.

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"Perry Mason" (HBO OCS)

Enfin, la minisérie de luxe Hollywood sur Netflix, créée par Ryan Murphy (Glee, Pose et Feud) revisite les coulisses de Hollywood à la grande époque des studios en retraçant la difficile ascension d’un groupe de jeunes artistes doués aspirant à la gloire et à leurs futurs oscars. Ryan Murphy a réuni un casting de jeunes talents prometteurs (Darren Criss, Jeremy Pope, Samara Weaving) et de poids lourds qui savent mettre l’ambiance (Dylan McDermott, Jim Parsons et Patti LuPone). Dans un premier temps, il décrit la sexualité cachée de Hollywood. C’est le règne de l’image parfaite, une hypocrisie conçue par les producteurs et publicistes de l’époque et strictement encadrée par le code Hays. Cette partie s’inspire énormément du livre autobiographique de Scotty Bowers, le scandaleux "Full Service", sur sa longue carrière d’escort-boy pour le Tout-Hollywood. Il est campé à l’écran sous les traits de Dylan McDermott qui joue Ernie West, un maquereau jovial et philosophe tenant une station service-lupanar. Quant au personnage de Camille (Laura Harrier), il est inspiré par les actrices Lena Horne et Dorothy Dandridge, et on retrouve un jeune Rock Hudson de fiction sous les traits de Jack Picking. Sont abordés avec un entrain très (trop?) Technicolor les thèmes des droits des femmes, des luttes de pouvoir, du système patriarcal des studios, du racisme sur et hors l’écran, du droit de cuissage des producteurs, etc. Et tous ces vilains mécanismes des studios en 1947 sont toujours construits en miroir avec ce qu’est devenu Hollywood aujourd’hui : du #metoo de Weinstein aux problèmes de représentation des minorités qu’elles soient afro-américaine, asiatique ou LGBT. Dans les derniers épisodes, Ryan Murphy opère un virage à 180 degrés, droit vers le plaisir insensé d’une happy end rose bonbon, une happy end qui n’a jamais existé, où ceux qui sont exclus sont enfin – tous – récompensés. Cet univers alternatif rêvé laisse pourtant un goût un peu amer. À Hollywood, ces années-là, de vrais combats ont eu lieu. Ces combats contre le racisme (par exemple, Home of the Brave, grand succès de 1949) ou contre l’antisémitisme (Le Mur invisible, trois oscars en 1948) ou contre le maccarthysme qui commence cette année-là, ont été perdus ou gagnés par des artistes faisant face aux mêmes obstacles. Les gays et lesbiennes ont été parmi les plus grands perdants de l’histoire : il faudra attendre les années 1990 pour que Hollywood tolère le coming-out, puis les films avec des héros gays (voir le documentaire Celluloid Closet en 1995). Murphy expliquait en mai dernier au Hollywood Reporter : “Mon show est un magnifique fantasme qui, en ces temps, pourrait être une sorte de baume.” Mais plus que de la pommade pour guérir les blessures, il faut continuer à changer les choses.

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"Hollywood" (Netflix)

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