Art & Culture

Pourquoi Charleroi est la ville la plus branchée du moment ?

Lieux culturels à la programmation démente et décalée, quartiers en pleine renaissance, nouvelles adresses food… La ville noire se réinvente et voit la vie en rose.
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Rock rill - Les Apéros Industriels © Axel Pics

Ville outsider, Charleroi est d’abord et surtout une ville de paradoxes. Encore parfois considérée comme une destination sinistre au charme improbable, la ville, qui multiplie les projets cool, branchés et solidaires doit son renouveau à la volonté des autorités de la repositionner parmi les villes qui comptent en Wallonie, mais aussi, curieusement, à une étrangeté purement carolo. Cette bizarrerie urbaine, c’est Rive Gauche, un centre commercial implanté en pleine ville. En apparence, rien de très sexy. Sauf que, comme le précise Julien Warrand, gérant de La Manufacture Urbaine, un lieu hybride - à la fois brasserie, boulangerie artisanale et atelier de torréfaction -, le renouveau de la ville noire est venu de là. “Contrairement à ce qui se passe ailleurs, Rive Gauche a contribué à faire revenir des gens en ville. Dans la foulée, plusieurs entrepreneurs ont osé innover et lancer de nouveaux concepts”, précise-t-il. Et pas forcément aussi formaté que le centre commercial en question. La Manufacture Urbaine joue en effet dans la cour des concepts emblématiques du Charleroi qui déménage. “Notre micro-brasserie installée au cœur de la ville, sur trois niveaux, est couplée à d’autres concepts centrés sur les produits locaux : farine artisanale, malt wallon… Dans notre cantine, nous proposons des plats d’ici, comme la Vitoulet, l’équivalent carolo du boulet liégeois.” Un clin d’œil qui en dit long sur le chauvinisme local, un élément central dans la redynamisation de Charleroi. Un peu comme si, depuis 2017, “les mentalités étaient passées du noir au rose”, ajoute Julien Warrand en évoquant le redéploiement des Terrils du Martinet, un ancien site minier reconverti en hub bio. L’objectif : créer une ceinture alimentaire carolo autour d’une extension de La Manufacture, d’un vignoble local, mais aussi, à terme, d’une boulangerie artisanale. La volonté d’entreprendre, mais également “l’esprit d’équipe et l’hybridation des propositions culturelles : voilà, en substance, l’ADN du nouveau Charleroi”, précise Temese Nottet, chargée de communication au Vecteur. “En faisant se croiser les genres et en multipliant les collaborations avec d’autres acteurs culturels, nous cherchons à nous ouvrir à de nouveaux publics.” Force est de constater que la sauce prend. Et pas que dans le registre culturel.

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L'Eden - Black Box Revelation © Olivier Bourgi

Collab’ à gogo

En plus de contribuer à secouer le centre-ville, La Manufacture Urbaine multiplie, elle aussi, les collaborations avec d’autres acteurs de ce renouveau. Exemples : La Petite Sœur, une bière créée par la micro-brasserie pour l’enseigne T-Shirt Mania ; l’Unica, une blonde au limoncello imaginée pour le resto Da Vinci, ou encore Le Poison, servie au Rockerill, la salle de concert emblématique du Pays Noir. Avec sa programmation pointue, mix de grands noms et de culture alternative, le site des anciennes forges de la Providence reconverti en salle de concerts et de clubbing, est un autre acteur clé du renouveau carolo. Depuis 2005, année de sa création, mais surtout depuis 2011, lorsqu’il a intégré la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Rockerill multiplie les rendez-vous dans le registre du rock, de l’électro, des arts plastiques et numériques, du théâtre, du cinéma ou la danse. Ouvert en 2000 et devenu musée il y a quinze ans, le BPS22 (acronyme de Bâtiment Provincial Solvay, n°22) joue dans la même cour. Pierre-Olivier Rollin, son directeur, confirme : “À Charleroi, le redéploiement de la ville est d’abord passé par la culture. Contrairement à d’autres villes, la redynamisation des institutions culturelles a été confiée à leurs propres opérateurs. Mieux, même : le Rockerill, une initiative privée à l’origine, est aujourd’hui relayé par les pouvoirs publics. La particularité de Charleroi, c’est aussi son positionnement, à mi-chemin entre Lille, Liège et Bruxelles. Pendant longtemps, la ville a souffert d’un sentiment d’infériorité par rapport à ses voisines. Depuis peu, nous avons compris l’importance de ne pas copier d’autres villes et d’affirmer notre singularité au travers de projets qui amènent un nouveau public à Charleroi. C’est le cas des conférences apéro autour de grands thèmes de l’art contemporain que nous organisons au BPS22. Il reste évidemment beaucoup de travail. Notamment au niveau des sorties, complément indispensable à la vie culturelle d’une ville. Les adresses branchées comme Chez ta Mère, le restaurant de la place de la Digue, prouvent toutefois que nous sommes sur la bonne voie.”  

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Rockrill © Axel Pics

Carnet d’adresses

Culture

Rockerill, salle de concert et lieu de clubbing mythique de la ville. Laurent Garnier figure parmi les habitués. Rue de la Providence 136.

L’Eden, le centre culturel le plus branché de Wallonie, comprend un espace de spectacles (théâtre, musique, slam…) et de rencontres et une brasserie ultraconviviale. Boulevard Jacques Bertrand 1/3.

BPS22, un musée installé dans un bâtiment de verre et de fer, emblématique de l’histoire de la ville. Toujours à la pointe, l’espace d’expo est axé sur la découverte. Boulevard Solvay 22.

L’Ancre, un théâtre à la programmation démente couplé à la Cantine de Momo, un bar/resto à l’ambiance cool et vintage. L’occasion de boire un gin en mode after. Rue de Montigny 122.

Le Vecteur, un lieu d’expo, de rencontres littéraires, d’installations, de convivialité et d’échanges orchestré par une équipe jeune, mais aussi une bibliothèque et un bar. Rue de Marcinelle 30.

La Consoude, l’ancien couvent des Sœurs de Saint-André tout récemment reconverti en résidence d’artistes. Rue Bethléem 36.

Sorties

Meatball, un resto de boulettes installé dans une rue jusqu’il y a peu, franchement tristounette. Créé par un couple de jeune restaurateurs, Meatballs affiche une déco industrielle et des plats centrés sur les produits locaux. Rue de Marcinelle 8.

BlahBlah Wine pour son choix de vins français et du monde et ses grignotages de saison, majoritairement italiens. Rue de Marcinelle 6.

Chez Ta Mère, un bistro à la déco vintage où l’on grignote de petits plats le midi. Le vendredi soir, on y fait la fête. Place de la Digue 29

La Quille, un café de quartier à l’ambiance très cool avec, à l’arrière, une cantine du terroir. Des concerts y sont régulièrement programmés en collaboration avec le Vecteur. Rue de Marcinelle 33.

Livre ou Verre, un café bouquinerie à l’ambiance berlinoise où l’on se pose pour boire un café à n’importe quel moment de la journée. Passage de la Bourse 6.

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