Art & Culture

Marie Kondo, la petite fée du logis qu’on aime détester ?

Impossible de faire l’impasse sur cette star d’un nouveau reality show sur Netflix. Et impossible de plier une chemise sans penser à ses méthodes si efficaces. Marie Kondo, ange ou démon de notre quotidien ?
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Elle est tellement parfaite. Sourire immense quasi-permanent, frange au cordeau, petits gilets pastel, des bonjours très appuyés (en japonais toujours), une solution à tous les problèmes, une organisation sans faille : Marie Kondo, nouvelle reine du "développement personnel", c’est une main de fer dans un gant de velours. Pour son nouveau show Tidying Up with Marie Kondo qui suit les préceptes de son livre La magie du rangement (2011), elle choisit des familles plus ou moins noyées dans leur bazar intérieur et les aide à faire la détox de leurs intérieurs avec une logique très au point. Tout est rangé par taille avec des méthodes de pliage à vous rendre control freak, dans des réceptacles appropriés (Kondo, sadique, aime particulièrement les boites dans les boites dans les boites – façon poupées russes), les plus utilisés à portée de main, et le superflu dans les sacs poubelles pour mettre l’essentiel en valeur. Il y a déjà des tonnes de memes viraux sur sa fameuse méthode qui consiste à évaluer l’ "étincelle de joie" (spark of joy) qui se dégage ou pas d’un objet, meuble etc. Elle demande : "What do you need ?" ("de quoi avons-nous besoin ?") et force est de constater que personne ne s’attendait à se poser des questions aussi métaphysiques (certains ont même convoqué le "To be or not to be" d’Hamlet) devant un placard ou devant un tas gigantesque de vêtements au milieu d’une pièce (méthode radicale Kondo encore).

Au final, Marie Kondo a déclenché des attitudes plutôt saines devant la surconsommation mais a aussi provoqué un tsunami de fringues défraichies sur les plateformes de revente virtuelles ou réelles : par exemple, le Kondo effect a provoqué des embouteillages dans les friperies aux USA. Dans l’épisode 2 du show, une famille évacue ainsi 150 sacs-poubelle dans une autre dimension (celle des millions de tonnes de détritus qui polluent les océans ?). Tyran poupée, elle intime les familles de trouver un lieu pour chaque objet et à se tenir à ce flicage inconscient. Marie Kondo apprend aussi à ses deux jeunes enfants à ranger depuis qu’ils sont en âge de trouver une boite. On leur souhaite bien du plaisir dans leur psychanalyse future. Une polémique récente l’a aussi mise en cause sur le nombre "idéal" de livres à avoir chez soi : son nombre magique de 30 a hérissé le poil d’à peu près tous les bibliophiles de la planète qui le trouvent avec raison ridiculement bas. Personnellement je pense que c’est à peu près ce que contient la pile "à lire en urgence" d’une table de nuit digne de ce nom. Et oui tout n’a pas à provoquer une étincelle de joie, il y a aussi des étincelles de connaissance, des étincelles d’émerveillement, de curiosité, ou même de peur, ou de mélancolie que l’on peut avoir envie de sauvegarder chez soi. Il y a forcément des livres qu’on a envie de relire, d’autres qui ne trouvent pas leur place à un moment pour être parfaits dix ans plus tard, ceux dont on ne savait pas qu’on aurait besoin un jour. Bref, la vie n’est ni un long fleuve tranquille, ni un méchant tableau excel, ou une présentation powerpoint.

Il est temps de faire l’éloge du chaos. Le chaos est créatif comme le prouve des études scientifiques, ou encore les bureaux immortalisés en photos d’Albert Einstein, Steve Jobs, Mark Twain ou encore l’atelier légendaire du peintre Francis Bacon. Le chaos permet de trouver plus vite des solutions, de défier les règles, et d’être plus productif. Le tout est de trouver le bon équilibre entre l’apocalypse et le grand désert blanc à la Kondo. Et puis comme le remarquait Einstein : "Si la vue d'un bureau encombré évoque un esprit encombré, alors que penser d'un bureau vide."

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