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"Les Filles du docteur March" : pourquoi il faut voir la version 2019 du film iconique

Avec robes à volants, imprimés fleuris et collets montés, Greta Gerwig adapte “Les Filles du docteur March”, et réussit l’exploit de moderniser pour la génération Z ce classique de la littérature américaine vieux de 150 ans.
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© Sony Pictures

Cinéma, télévision, comédies musicales à Broadway… Il est difficile de compter les adaptations du roman de Louisa May Alcott, totémique aux États-Unis. Elles reflètent chacune leur époque et, avec cette nouvelle version de Greta Gerwig, à nouveau réalisatrice après le glorieux Lady Bird, c’est l’occasion de redécouvrir les audaces d’un livre que les précédentes adaptations avaient peut-être édulcorées. Revoilà donc, au temps de la guerre de Sécession, Meg l’aînée matérialiste, puis conformiste (subtile Emma Watson), Amy la capricieuse (phénoménale Florence Pugh), Jo la romancière en herbe et féministe première génération (Saoirse Ronan, muse de la réalisatrice) et Beth l’affectueuse (Eliza Scanlen, tout en retenue) : quatre sœurs à la découverte de soi, du sacrifice, de la sororité et de la résilience.

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© Sony Pictures

Derrière l’envie de s’amuser avec leur look “urban prairie girls”, tout droit volé aux sœurs Brontë, il y a chez Greta Gerwig une ambition plus personnelle, voire autobiographique. Avec sa taille haute et son sourire radieux, elle a même déclaré à la productrice de cette nouvelle adaptation qu’elle ne voyait personne d’autre qu’elle pour la mettre en scène, car le livre ne cesse de mêler art, féminité et argent : quand Jo tente de vendre une de ses nouvelles à un condescendant éditeur de la Nouvelle-Angleterre, Greta se voyait elle-même, aujourd’hui, essayer de financer l’un de ses films. Les Filles du docteur March est, après tout, la destinée de jeunes femmes qui veulent tellement plus que ce que le monde a à leur offrir. Pour l’obtenir tout de même, elles s’entêtent, sont les meilleures et les pires des sœurs, s’aiment et se chamaillent de la même façon, dans une cacophonie que Greta Gerwig rend musicale, presque chorégraphique.

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© Sony Pictures

Ces filles parfaitement imparfaites ne demandent pas aux autres de les aimer, ce qui les rend plutôt aimables. Au contraire des précédentes adaptations, la réalisatrice fait le choix risqué d’une narration non linéaire. Elle opère un va-et-vient entre âge adulte et adolescence, dans une méditation sur ce que deviennent les rêves de jeunesse. Tout en se permettant des scènes en forme de pastiche de vieilles romances hollywoodiennes, qui lorgnent vers la méta rom’ com’, et en s’amusant de la relation entre Jo, fille au prénom masculin, et Laurie, garçon au prénom féminin, joué par Timothée Chalamet.

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Entre étude de caractères dégourdie et costumes d’époque, Greta Gerwig réfléchit aux gender studies d’aujourd’hui. C’est en définitive ce que célèbre le roman de Louisa May Alcott et que privilégie cette nouvelle version : on ne naît pas femme, mais on a le choix d’en devenir une et il y a en a de plusieurs sortes. Enfin, au moins quatre ici (ou cinq avec Laurie), toutes très différentes et que Greta Gerwig traite avec un égal respect. On peut se retrouver en chacune, et même en rire. Ce n’était guère commun à la parution du livre, et cela résonne toujours remarquablement avec notre époque. 

"Les Filles du docteur March" de Greta Gerwig, avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh, Eliza Scalen, Laura Derne, Meryl Streep… Sortie le 19 février 2020. 

LES QUATRE FILLES DU DOCTEUR MARCH: Bande-annonce officielle

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