Art & Culture

Le Joker crève l'écran

Joaquin Phoenix éblouit dans le rôle du Joker, le légendaire “méchant” de DC Comics, revisité cette fois en psychopathe-victime dans le sillage du Travis Bickle de “Taxi Driver.” Une interprétation à la fois hyperréaliste, subversive et politique.
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© Warner Bros.

Oublié le cartoonesque Jack Nicholson grimaçant dans son costume pourpre, ou Jared Leto et son Joker punk tatoué dans Suicide Squad. Même la prestation sidérante, aux frontières de la folie, de Heath Ledger dans The Dark Knight, qui lui valut un oscar posthume, est  rétrospectivement revue à la baisse par des critiques du monde entier en pâmoison devant le show très Actors Studio de Joaquin Phoenix dans le nouveau film de Todd Phillips, qui vient de récolter le Lion d’or à Venise. L’acteur, lui, à qui on prédit d’ores et déjà un Oscar, y a reçu huit minutes de standing ovation. Du jamais-vu. Joker explore la genèse de ce superméchant, l’ennemi juré du futur Batman. Arthur Fleck, un clown loser qui rêve de faire du stand-up, se voit brimé et humilié par la société dans son entier et finit par trouver la réussite dans le crime et s’épanouir dans la violence. L’intrigue se situe en 1981 à Gotham City, où le fossé se creuse entre les super riches et une majorité de la population ignorée, qui souffre de plus en plus. Si le film emprunte quelques éléments (notamment le rêve de stand-up) au comic culte d’Alan Moore The Killing Joke (1988), il reste principalement un hommage appuyé aux classiques de Martin Scorsese, Taxi Driver bien sûr, mais aussi La Valse des pantins. De Niro joue d’ailleurs dans Joker un alter ego du comédien qu’incarnait Jerry Lewis dans ce dernier. À la manière de De Niro ou Pacino pour leurs rôles des Seventies, Joaquin Phoenix a perdu 25 kilos et a étudié certaines névroses, notamment le “rire pathologique”, une maladie incontrôlable. Et si le film se déroule en 1981, son sujet est d’une actualité sociale et politique brûlante. Il soulève des questions, à l’heure où les conservateurs américains brandissent le bouclier de la maladie mentale pour éviter de remettre en question la politique de vente libre des armes à feu, tandis que des dizaines de tueries de masse ont ensanglanté le pays. Et les actions du Joker, qui s’attaque aux puissants et reprend les discours démagogues opposant peuple et élites, s’inscrivent dans le contexte de la montée du populisme. Le film a déjà troublé ses premiers spectateurs, qui en débattent sur Internet, comparant le côté geek du comic et les infos du soir. Force est de reconnaître que Todd Phillipps a appuyé avec maestria là où ça blesse en posant des questions sans réponse sur la violence, la cruauté et le mal.

Joker, de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix, Robert de Niro, Zazie Beetz... Sorti depuis le 2 octobre.

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