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Pourquoi il faut regarder "Da Five Bloods", le film de Spike Lee pour Netflix

Mélanie Thierry est partie au fin fond de la Thaïlande pour le nouveau film épique et sanglant de Spike Lee, "Da Five Bloods". Rencontre avec une actrice qui affronte ses peurs.
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© Netflix

Révélée très tôt comme mannequin sous l’œil de Peter Lindbergh, Helmut Newton ou Paolo Roversi, Mélanie Thierry a aussi imaginé récemment pour Balibaris une collection de basiques pour hommes. La qualifier de versatile est devenu un cliché, qu’elle assume : “J’ai l’impression que pour forger son goût, se trouver et déterminer à quelle famille on a envie d’appartenir, le temps est nécessaire. Tant mieux si on n’arrive toujours pas à me cataloguer. Ça ferme parfois des portes – d’autant que je ne joue pas toujours le jeu –, et on me confond encore avec d’autres Mélanie du cinéma français, voire avec Sara Forestier. Mais ça laisse aussi la place à l’imaginaire, et m’offre la chance d’enchaîner des projets très différents les uns des autres.

Lorsqu’elle s’est rendue au casting parisien du film de Spike Lee, Da Five Bloods, Mélanie savait que le cinéaste récemment oscarisé recherchait son opposée : une comédienne française d’une vingtaine d’années, grande, filiforme et, pour l’occasion, glamour. Elle est arrivée avec ses 38 ans, son mètre 58 et son visage poupin démaquillé : “Inexplicablement, j’ai eu un bon pressentiment. La production m’a d’ailleurs rappelée pour un deuxième essai et, trois semaines plus tard, nous étions en Thaïlande pour les répétitions. Par quel miracle j’ai réussi ? J’ai toujours aussi peur de décevoir, je reste une timide et, en général, c’est mal interprété. Ça passe pour de la froideur, de la rigidité. J’adorerais savoir y faire, comme Ingrid Bergman quand elle envoie une lettre à Roberto Rossellini, où elle lui écrit : ‘Je ne parle pas italien mais je sais dire ti amo.’ Je comprends qu’il lui ait répondu : ‘Viens !’ Peut-être que Spike Lee m’a trouvé un côté baroudeur qui renvoyait au personnage de son film.”

Dans Da Five Bloods (Les Frères de sang), Mélanie Thierry interprète une démineuse française qui s’inscrit contre l’héritage encombrant de sa riche famille de colons au Vietnam. Sa mission entre en conflit avec celle d’un groupe de vétérans afro-américains, de retour dans ce delta du Mékong où ils ont combattu en 1968. Ils découvrent un Vietnam désormais mondialisé (relocalisé pour les besoins du tournage dans la Thaïlande du nord, à Chiang Mai), et cherchent à régler un vieux contentieux, les armes à la main : “Mon personnage se nomme Hedy Bouvier, une contraction entre Hedy Lamarr et Jacqueline Bouvier ! Le nom de Bouvier vient naturellement à l’esprit d’un Américain comme Spike Lee, mais moi je la vois plutôt comme la descendante d’Aurore Clément, qui jouait cette grande propriétaire terrienne française en Indochine, dans Apocalypse Now de Francis Coppola. Da Five Bloods utilise la guerre du Vietnam pour évoquer, pêle-mêle, le racisme culturel aux États-Unis, le port d’arme, la survivance des idéaux politiques et les dissensions dans la communauté noire américaine. Ça tire littéralement dans tous les coins et c’est une piqûre de rappel sur le sort des soldats afro-américains envoyés au front.” Le Vietnam a rappelé à Mélanie Thierry le souvenir de Marguerite Duras, qui a grandi en Indochine, et qu’elle a interprétée dans son film le plus fort à ce jour, La Douleur d’Emmanuel Finkiel.

Le rôle de Hedy Bouvier lui a aussi donné le sentiment d’être novice, elle qui fût quasiment la seule Française, la seule Blanche et la seule femme sur un tournage très rapide : “Spike Lee fait une prise, parfois deux, mais rarement trois. Chacun est responsable de son rôle et c’est essentiel, car les acteurs sont trop souvent infantilisés. Ça a pu me déstabiliser au départ, mais ensuite ça m’a prouvé combien, derrière mon côté hyperémotif, je suis peut-être plus solide que je ne le crois. Je comprends mieux ce qu’un réalisateur attend de moi et je me sens plus habile pour exprimer des sentiments. À force de persévérance, les verrous sautent un à un.” L’héroïne préférée de Mélanie Thierry reste d’ailleurs Jeanne Moreau dans Jules et Jim de François Truffaut, car elle incarne cet idéal : la liberté et de la désinvolture.

 

Da Five Bloods, de Spike Lee avec Delroy Lindo, Chadwick Boseman, Mélanie Thierry, Jonathan Majors... disponible sur Netflix.

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