Art & Culture

Benjamin Millepied : "J’ai une admiration énorme pour le Ballet de Flandre"

Le chorégraphe star Benjamin Millepied dirige le Ballet royal de Flandres dans ses Bach Studies. Très occupé par la préparation de cette première mondiale à Anvers, il a malgré tout pris le temps de répondre à nos questions. Rencontre.
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© Filip Van Roe

Benjamin Millepied est né en France, mais c’est au Sénégal qu’il a grandi, entre une mère professeure de danse moderne et africaine, et un père entraîneur sportif, passionné de musique : l’union parfaite pour engendrer un homme à la fibre artistique puissante. Dès l’âge de 10 ans, Benjamin se passionne d’ailleurs pour le ballet classique, attiré à la fois par son côté athlétique et par le plaisir de bouger sur la musique. À 16 ans, il commence ses études de danse à la School of American Ballet de New York. En 1995, il rejoint le prestigieux New York City Ballet, où il est nommé "danseur étoile" en 2001.

En 2011, Benjamin quitte le New York City Ballet et fonde sa propre école à Los Angeles, la L.A. Danse Project. Parallèlement, il travaille aussi sur différents projets cinématographiques et fait la connaissance de celle qui deviendra son épouse, l’actrice Natalie Portman, sur le tournage de Black Swan. Après un passage éclair en France, de 2014 à 2016, en tant que directeur du Ballet de l’Opéra de Paris, il rentre à Los Angeles. Là, il peut travailler tout en restant proche de son épouse et de leurs deux enfants. "Je ne veux plus courir partout", explique-t-il. Bonheur pour le public belge, le  directeur artistique du Ballet de Flandres, Sidi Larbi Cherkaoui, est malgré tout parvenu à le convaincre de venir à Anvers.

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De L.A. à Anvers

Les premiers chapitres de la chorégraphie de Bach Studies, l’œuvre que Benjamin Millepied présente en Belgique avec le Ballet de Flandres, ont été créés à Los Angeles, avec les danseurs de sa compagnie. Adaptée pour le Ballet de Flandres, elle explore cette fois deux autres morceaux de l’œuvre de Bach. Benjamin raconte : "J’ai une admiration énorme pour le Ballet de Flandres et particulièrement pour le travail impressionnant de Sidi Larbi. Il saisit toutes les opportunités pour accueillir de nouvelles initiatives et pour monter des œuvres novatrices. Il sait qu’il faut comprendre le passé pour créer le futur. C’est une collaboration intéressante à différents points de vue, l’un des plus importants pour moi étant de rencontrer d’autres danseurs. Je me réjouis de découvrir comment ils vont évoluer, comment ils vont épurer leur vision du temps et de l’espace, comment ils arriveront à se libérer de certaines habitudes et de certains gestes. Je suis impatient de travailler avec eux, de voir ce que je peux leur enseigner, ce qu’ils en retiendront et ce qui restera dans leur façon de danser après mon départ."

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© Dries Seger

Individualité et liberté

Millepied possède sa propre manière de travailler, bien différente de celle d’autres chorégraphes de ballet traditionnels, souvent empreinte de rigidité. Pour lui, la liberté est très importante. "Je laisse aux danseurs toute la liberté dont ils ont besoin afin que chaque pas de danse semble improvisé. Tant qu’ils gardent une connexion avec la musique et exécutent la pièce avec pureté et sincérité, ils peuvent aller aussi loin qu’ils le veulent. Je souhaite qu’ils donnent leur propre interprétation d’une chorégraphie existante."

Quand il travaille avec un danseur, Benjamin Millepied s’appuie sur sa propre expérience. Il perçoit d’emblée ce qui le rend unique. "Il s’agit de son individualité, de son approche personnelle. La chorégraphie que j’ai créée est un dialogue intime entre la danse et la musique de Bach. J’attends des danseurs qu’ils expriment cette musique avec leur corps. J’aime travailler avec les notes de Bach, avec l’interprétation qu’en a fait le regretté chef d’orchestre Leopold Stokowski et avec les images imaginées par le cabinet d’art londonien United Visual Artists. Je suis aussi impatient de voir ce que donnera l’ensemble, avec les danseurs, sur la scène de l’Opéra d’Anvers, l’endroit est parfait pour cette production."

"Je laisse aux danseurs toute la liberté dont ils ont besoin pour que chaque pas semble improvisé." Benjamin Millepied

L’amour de Bach

Quand il était danseur, Benjamin Millepied s’est, à plusieurs reprises, produit sur les œuvres de Bach et, alors qu’il était un chorégraphe débutant, en 2002, il a créé un ballet pour le Triple Duet du compositeur allemand. En 2009, c’est encore Bach et sa Sarabande qu’il a mis en scène. "La chorégraphie que j’ai imaginée examine les différentes facettes de l’œuvre de Bach, ses thèmes religieux, sa rythmique parfois presque mathématique, sa liberté, son émotion et son côté très contemporain. J’ai créé un lien entre cette musique écrite il y a 300 ans et les mouvements du corps, inspirés par différentes cultures. Tout cela fonctionne d’une manière harmonieuse. La musique de Bach dépasse les cultures, elle dépasse le temps et parle à tous."

Les musiques retenues pour la chorégraphie présentée à Anvers sont la Partita N° 2 et la Passacaglia pour orgue. "Dans mes créations précédentes, ma relation avec la musique de Bach était intuitive. Les mouvements des danseurs tenaient d’une réaction physique, de mon premier sentiment de l’atmosphère et de la dynamique des œuvres de Bach. Il s’agissait avant tout de vivre dans la musique. Pour ces nouvelles pièces, je me suis plongé de manière plus concentrée sur l’architecture musicale de Bach."

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© Filip Van Roe
"La musique de Bach dépasse les cultures, elle dépasse le temps et parle à tous." Benjamin Millepied

Vivre le moment présent

Quand on l’interroge sur la place qu’occupe encore le ballet dans notre monde survolté d’aujourd’hui, Benjamin Millepied répond : "La danse est une forme d’art très raffinée. Il est important que nous ne perdions pas cette finesse et cette profondeur, que nous continuions à créer des chorégraphies qui touchent l’âme et le cœur. Aujourd’hui plus que jamais, notre relation avec le temps est corrompue. Nous n’apprécions pas assez notre temps sur Terre et nous le perdons dans des activités qui n’ont pas de sens. Je me bats contre le monde virtuel. Bien sûr, je me connecte parfois sur Internet et les réseaux sociaux, mais j’essaie avant tout de vivre le moment présent et de rester ancré dans le monde réel. Les smartphones et les réseaux sociaux sont une véritable maladie de notre époque. Comme toutes les formes d’art, la danse peut apporter du sens et du bonheur dans nos vies. La danse, expression physique et émotionnelle du corps et de l’âme humaine, peut nous aider à mieux nous comprendre."

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© Filip Van Roe

Une collaboration unique

Les danseurs du Ballet royal de Flandres sont, on l’imagine facilement, portés par cette collaboration avec la star Millepied. Le soliste, Philipe Lens, s’enthousiasme : "On travaille avec beaucoup de chorégraphes majeurs. Avoir Sidi Larbi comme directeur en est un bon exemple. Le projet de Benjamin Millepied est un défi pour tous les danseurs. Tout va très vite, on doit compter chacun de nos mouvements." Pour l’Australienne Juliet Burnett, première soliste du Ballet de Flandres depuis 2016, cette collaboration est une occasion unique. "J’admire la manière dont Benjamin Millepied est emporté par la musique et comment il l’exprime dans ses créations. Il pense et visualise chaque mouvement, mais tient compte du style personnel de chaque danseur. C’est unique. Millepied réussit à faire évoluer le ballet classique vers une forme moderne. Heureusement, sinon, on finira tous au musée !"

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© Filip Van Roe

Des tenues de scènes signées Ermenegildo Zegna

Pour signer les costumes de scène, Benjamin Millepied à fait appel au savoir-faire de son ami de longue date, Alessandro Sartori, directeur artistique de la maison italienne Ermenegildo Zegna. Inspirées par la pureté des robes ecclésiastiques et en résonance avec une chorégraphie audacieuse mais délicate imaginée par Millepied, toutes les tenues de scène ont été créées avec des mélanges exclusifs de soie et de jersey, facilitant les mouvements fluides avec des designs modernes. Des tissus légers ont également été utilisés pour une combinaison de jupes plissées ton sur ton, ainsi que noir et blanc cassé par-dessus des leggings et cols roulés. 

 

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