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Quelle lecture d'été pour les yoga-addicts ?

Bien plus qu'un sport, le Yoga s'est imposé au gré des années comme un véritable phénomène de société. Rencontre avec Marie Kock, journaliste et yogi qui décrypte les origines du yoga et ses répercussions tentaculaires sur notre mode de vie contemporain dans son ouvrage passionnant "Yoga, une histoire-monde."
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Vous consacrez plusieurs pages de votre ouvrage à Indra Devi, pionnière du yoga à Hollywood. Qui était cette femme, et quel fût son rôle dans l'avènement de ce qui devint l'autre capitale mondiale du yoga et du bien-être ?
Indra Devi est d'abord une femme qui a eu un destin extraordinaire. C’était une vraie aventurière. Contrairement à ce que son nom peut laisser entendre, elle n’est pas Indienne. Elle est né à Riga et appartient à la noblesse russe. Après la révolution d’Octobre, elle fuit en Allemagne et se passionne pour la philosophie indienne, puis part en Inde à la fin des années 20 et joue dans quelques films. Indra Devi est son nom d’actrice !
Pour revenir à l’histoire du yoga, elle va devenir la première élève occidentale – et la première femme qui plus est – de Krishnamacharya, le grand maître de Mysore qui a fait basculer le yoga dans la modernité. Plutôt réticent au début, c’est lui qui va la pousser à enseigner, ce qu’elle va faire dans de nombreux pays et donc à Los Angeles en ouvrant son centre. Là bas, elle va proposer un yoga plus doux que celui qu’elle avait découvert
auprès de Krishnamacharya. Elle est importante aussi parce que quelques années plus tard, elle va publier plusieurs livres de yoga qui vont axer les bienfaits de la pratique sur la santé des femmes mais aussi sur leur beauté : elle est la première à faire du yoga un argument anti-âge.

 

Vous abordez dans le livre le concept de Samadhi, point culminant du yoga auquel aspirent l'ensemble de ses adeptes, débutants comme confirmés. Pouvez vous nous en dire plus à ce sujet?
Je ne sais pas si tous les adeptes aspirent au Samadhi, beaucoup viennent au yoga avec des ambitions plus atteignables comme de lutter contre le stress ou des maux corporels! Mais le Samadhi est en effet, selon Patanjali qui a codifié les huit étapes de l’Ashtanga Yoga, l’ultime étape du yoga. C’est un mot difficile à traduire et un concept quasiment impossible à résumer au risque de l’appauvrir, mais c’est à la fois un état de supra-conscience et d’union totale avec l’Absolu. C’est la dernière étape, puisque après cela, le yogi est détaché de tout. Il est dans
le renoncement total. On peut donc pratiquer le yoga toute une vie sans jamais parvenir au Samadhi !

 

Vous évoquez aussi la présence du yoga dans la pop culture, notamment avec les exemples de Eat Pray Love et des Beatles ayant séjourné en Inde. Quel rôle ce phénomène a t-il selon vous joué dans l'expansion mainstream du yoga dans le monde?
La pop culture a eu en effet un grand rôle dans l’expansion du yoga. D’abord parce que les pop-stars sont des célébrités à la renommée internationale et qu’il suffit que l’un.e d’entre eux.elles en fasse la promotion pour que cela touche énormément de gens – ce qui était un enjeu énorme avant Internet ! Ensuite, elles ont joué aussi un rôle d’avant-garde.

Avant que le yoga ne se démocratise, avant que cela paraisse normal à tout un chacun d’aller prendre un cours de yoga à la sortie du boulot, il était vu comme quelque chose d’étrange, voire une discipline pour « illuminés » ! Les pop-stars elles, pouvaient se permettre de tester cette discipline plus facilement et d’en faire la promotion. Par ailleurs, certains maitres ont ciblé intentionnellement les stars d’Hollywood pour faire la promotion de leur yoga. Ce fut le cas par exemple d’Indra Devi dont nous avons justement parlé, la première femme occidentale à ouvrir à studio aux Etats-Unis en 1947. Elle l’a ouvert à Hollywood et ce sont les actrices qui y sont d’abord venues. Ce fut aussi le cas de Bikram Choudhury : à son arrivée à Los Angeles, l’actrice Shirley Mc Laine en fait son protégé et lui ouvre tout son carnet d’adresses. Rapidement, le centre Bikram de Hollywood est devenu l’endroit où il fallait être vu.

Certaines personnes sont parfois rebutées par l'aspect très spirituel du yoga,avec chants et mantras. Quel conseil donneriez vous à quelqu'un qui souhaite s'y initier en douceur?
Pour ne pas être effrayé.e par ce type de pratique, je recommanderai à ceux qui les découvrent d’y penser comme un exercice de connaissance de soi parmi d’autres. Le Om par exemple est le mantra universel, une prière d’union, mais c’est aussi un bon moyen de voir l’état dans lequel on se trouve au moment de le chanter. Est-ce que notre voix est assurée, hésitante, en harmonie ou complètement dissonante avec celle des autres ? C’est aussi une piste de réflexion. Et cela a aussi des effets mécaniques : celui d’ouvrir la gorge, de stimuler le nerf vague, de faire vibrer le haut du corps… Les chants peuvent aussi être envisagés comme des exercices d’écoute et de concentration. Libre à chacun d’y ajouter ensuite, ou pas, une dimension spirituelle.


Quelles sont les adresses que vous recommanderiez pour la pratique du yoga, à Paris comme à l'étranger?
Il est difficile de recommander des adresses en particulier, parce qu’aucun pratiquant n’attend la même chose d’un cours de yoga. Mais ce que je peux dire, c’est que trouver un cours qui nous convient peut prendre un peu de temps. Il ne faut pas hésiter à tester plusieurs types de yoga, plusieurs professeurs, plusieurs centres si le yoga que l’on a testé ne nous convient pas (sauf s’il s’agit de flemme bien sûr). Le seul conseil que je pourrai donner, c’est de se tourner vers des centres où vous êtes bien reçus. Parfois, notamment sous couvert de « tradition », les gérants de centre ou les professeurs peuvent être froids ou cassants. Rien n’indique dans les textes qu’être sympa entrave la transmission du yoga!

Pratiquer le yoga peut parfois nous faire sentir vulnérables, émotifs, et c’est bien de pouvoir penser à sa salle de yoga comme à un « safe-space » où ces émotions seront permises. C’est aussi dans ce sens que je déconseillerais les cours trop compétitifs ou ceux qui sont obsédés par la posture
parfaite et le corps idéal.

 

Yoga, une histoire-monde de Marie Kock,aux Editions de la Découverte

https://editionsladecouverte.fr

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